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TC33
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MessageSujet: Dernières minutes   Mar 22 Aoû - 17:26

Un texte que j'ai écris dans le train en revenant de Lille... Un texte pour ma petite chou à moi, ma Plume que j'adore. Pour lui dire que je suis désolée et qu'elle me manque.






12 heures 30. Perçant imperceptiblement entre les nuages, le soleil envoie de timides rayons roses éclairer ton visage. Moi qui t’admire sans cesse depuis huit jours, je te trouve toujours aussi belle. Tes longs cheveux blonds -dont ta pince laisse couler quelques mèches sur ton visage- encadrent ton profil, ton regard comme un roman. Tu es belle, tu me souris doucement… tous tes sourires pourtant ne peuvent faire un masque parfait. La tristesse -non, pas encore- son ombre s’est glissée entre nous. Une appréhension : le destin semble obéir aux mêmes règles qui font inévitablement faire démarrer tous ces trains et les emmener aux quatre coins de la France. Si loin…
Cette semaine, j’ai pu voir que la tristesse était venue habiter le berceau de tes paupières ; mais ce n’était pas la même. Celle qui s’est accrochée à tes cils est profonde et longue à éteindre. Elle provient de ce sentiment, ce moteur du monde que l’on appelle communément Amour et qui a pris pour toi le visage d’un Ange. Non, s’il te plaît ne me contredis pas. Je sais que tout a commencé par lui. Après, il y a eu ce mot, ‘Trahison’, que l’on t’a jeté à son propos comme une insulte. Le mal aussi. Surtout, maintenant, la peur. L’attente d’événements qui renverseraient tout, te rassureraient, te prouveraient que les autres ont tort. J’espère aussi qu’ils se trompent tous, que tes craintes sont ridicules et que tu m’appelleras un jour pour en rire.
Je me suis sentie si inutile, si faible… J’aurais voulu t’offrir le bonheur et l’insouciance, pouvoir faire en sorte que ta vie s’écoule comme les péniches sur la Lys, paisibles, sans se poser de questions, secouant la main aux jeunes filles qui rêvent depuis leur ponton, cachées dans les arbres. Je t’ai serrée dans mes bras, je t’ai embrassé les joues, caressé les cheveux : gestes si faibles face à l’implacable réalité. Au moins ai-je eu l’impression d’agir, d’essayer, même un peu. Me pardonneras-tu d’être si impuissante ?
J’ai quelque chose d’encore plus grave à me faire pardonner. Parce que depuis ce matin j’ai l’impression que c’est de moi que provient le mal. Je l’ai senti dès le réveil, cet instant où je t’ai embrassée sur le front. Tu y pensais déjà n’est-ce pas ? Les minutes défilaient, il aurait fallu les arrêter, mais comment ? Je voyais ta détresse dans chacun de tes gestes, de tes mots, de tes regards. Il me faut sourire dans ces moments-là, éviter le sujet, ‘comme si tout allait bien’. Je me serais sentie encore plus coupable en pleurant. Je n’aime pas montrer ma peine, encore moins à quelqu’un qui la partage et qui fait tant pour moi. Alors je t’ai regardée, et j’ai pensé que tu comprendrais que je n’étais pas assez forte pour porter nos deux larmes. Ce n’était pas de l’indifférence. J’ai si peur de t’avoir blesser…
11 heures. Nous avons pris ma valise, dit ‘au revoir’ comme si nous allions toutes deux revenir. Nous avons même encore trouvé le temps de parler d’argent… De nos amis aussi. Des chiens qui passaient : dalmatiens, bouledogues, bichons… Nous, c’est notre futur que nous tenions en laisse ; il s’était accroché à nous sans que nous nous en soyons aperçu ; et maintenant nous ne pouvions l’abandonner. Des militaires, la police, un Mac Do’, un vieux toit, des briques, de grands panneaux d’affichage, tous acteurs et témoins de notre drame.
12 heures 50. Trois coups. Le dernier acte sonne. Nous nous mettons en marche, ton sourire s’efface. Voie 8. Nous cherchons de quoi composter mon billet (fichu bout de papier, si petit et pourtant si puissant), la rame, la voiture, ma place. Je rentre, jette vite mes bagages et ressors. J’ai la nausée à l’intérieur : l’air pur c’est toi, dehors, que je rejoins vite, pour quelques dernières minutes. J’essaie de te dire combien j’ai été heureuse à tes côtés, combien je suis pleine de vie ici, maintenant, combien j’aimerais tout te donner. Huit jours parfaits : est-ce trop ? Je suis si bien. Cela fait bien deux ans que je ne me suis pas sentie aussi insouciante et sûre que le bonheur peut bel et bien exister. J’ai tellement peu envie que tout s’assombrisse. Ce train me nargue, me hante. Je le hais déjà. Il m’éloigne de toi. Il m’éloigne trop : je voudrais toujours te porter mais il faut que je te laisse voler seule dans la tempête. On m’a enlevée. Ils n’ont pas le droit de m’interdire. Je n’ai pas le droit de leur désobéir.
13 heures 04, 58 secondes, 59. 13 heures 05. Je dois rentrer. Je te serre dans mes bras. Je m’affole. Je n’ai pas de plan de secours. Où te cacher ? Comment t’emporter ? On m’empoigne, je me débats, je crie. Mais pour toi je souris et me tais.
On m’assoit. Je me relève : je te vois. Je te crie ma détresse en te regardant au fond des yeux. Ils me semblent humides et rouges. Je ne pense plus à rien. Qu’à te regarder. Tu es belle. Si belle. Si triste. Si seule.
C’est la première fois que j’abandonne quelqu’un ainsi. Tu tiens ton sac comme je retiens mes souvenirs : c’est presque du désespoir. J’ai des trésors de tes images dernières que j’enregistre en ultime secours. La voix est partie. Je souris de détresse.
Il n’y plus rien. Silence. Que toi.
13 heures 07 précises. Je me sens secouée. Tu bouges. Non, ce n’est que moi qu’on emporte : le train est parti.
J’ai envie de courir et de traverser les parois. Je me contente de sourire une dernière fois, un geste de la main. Tu es encore plus belle.
Tu t’éloignes. Ma main bouge comme pour te retenir encore. Deux fois tu disparais, puis reviens. La troisième est la bonne. Tu t’es effacée.
Alors je n’ai plus qu’à me retourner et à pleurer. Je ne vois même pas les gens qui m’entourent.
Je garde mes souvenirs et tes rimes. Il ne me reste plus grand-chose. Que l’espoir de te revoir très bientôt.
A 13 heures 08, tu me manques déjà.



Tc
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Aurore
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MessageSujet: Re: Dernières minutes   Mar 22 Aoû - 17:36

Ma petite Cécile,

Bon, ce que j'ai à dire à propos de mon rôle dans ce texte, je te le dis par msn.
Ce texte est absolument magnifique, terriblement bien écrit, comme d'habitude, il me touche profondément, je vais l'imprimer et le mettre dans mon "tiroir à trésor" dans une pochette bien précieusement.

Du fond du coeur merci.

Aurore.

_________________
être assez spécial pour être tout de même quelqu'un...
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MessageSujet: Re: Dernières minutes   Mar 22 Aoû - 17:50

Embarassed Merci, ça me touche vraiment beaucoup beaucoup... Encore merci pour tout
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MessageSujet: Re: Dernières minutes   

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