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Aurore
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MessageSujet: prisons   Ven 28 Juil - 22:07

avertissement : ce texte a été rédigé début 2006. Il est assez spécial, je ne sais pas très bien s'il s'agit d'une nouvelle ou d'une pensée vagabonde... c'est une sorte de dialogue intérieur entre l'auteur du texte et le personnage ou l'histoire que j'essaye de commencer. j'ai hésité à le placer dans l'espace réservé au " non-conventionnel". Sous word il fait trois pages. Bonne lecture !
PRISONS.

Il neige au-dehors et il neige au-dedans. Ça fait un brouillard comme ça devant les yeux. Comme un mur. Un vrai mur infranchissable avec les barbelés tout en haut, pour ne pas qu’il s’échappe, pour qu’il reste à jamais clos dans son petit monde froid et moche. Tellement moche que même les flocons, dedans, dehors, sont gris, sont noirs et lourds à en mourir d’ennui.
On dirait qu’il pleure comme ça, assis par terre contre son mur, à regarder dehors. Mais même dehors, il a des chaînes aux pieds, des boulets à traîner sur des kilomètres sur son autoroute déserte. Les autoroutes à sens unique qui ne s’arrêtent jamais. Tous les chemins mènent à Rome, mon œil, ces chemins là, qu’on ne veut même plus emprunter, ils ne mènent jamais nulle part.
Oh, bien sûr, il est libre. Libre dans le sens où il n’y a pas de vrais murs autour de lui. Les cages ne sont pas toutes les mêmes.
Ce qu’il voulait lui ? Il ne le savait pas. Mais pas ça. Pas vivre comme ça. Pas être comme les gens ordinaires. Pas de routine,
Pas pas pas…. Et puis quoi encore ? Tu es riche toi peut-être, personnage sans nom, sans visage sur mon papier, riche d’assez de vie, d’assez d’argent, d’assez d’intelligence pour faire ce que tu veux ?
Mais quoi, c’est une page blanche, et là… C’est un courant d’air pur et frais et libre…
C’est là qu’il s’est enfui, mon bonhomme… Il me ressemble ce type. Il nous ressemble toujours, d’une manière ou d’une autre, sosie ou miroir inversé, une belle psychanalyse que la feuille de papier. Et encore… N’est-elle pas elle aussi une belle prison ? Une illusion trompeuse une bulle de savon, une parenthèse, des crochets ( il n’y a pas plus douce cage). Non, mieux ! Un labyrinthe !
« Vu où on va, si c’est ça être intelligent, j’aurais encore préféré naître stupide. » C’est vrai qu’on ne va nulle part, qu’on s’enferme dans nos propres cercles vicieux, hein, mon bonhomme ?
Il a l’air triste, là assis par terre, à regarder dehors. C’est un vrai foutoir là dehors ( là dedans aussi diront certains) « quoiqu’on fasse, où qu’on aille, murmure le vent comme un menteur, il y a toujours à nos mains des fers, à nos pieds des boulets, et parfois même il arrive que nous les inventions nous mêmes comme si les murs étaient plus rassurants »
Il regarde les gens qui passent et le trouvent bizarre, lui, tout seul, enclavé dans son monde à s’arracher la peau sur les murs gris et nus de sa prison fantôme. « Sont-ils libres, plus libres, ceux-là ? On dirait des oiseaux à piailler inutilement, les oiseaux ont des ailes qui les emportent loin.. » mais les oiseaux reviennent...
Il ne sait pas quoi faire, mon bonhomme sur sa feuille de papier, à regarder mon monde dans son miroir déformant, peut-être pas si déformant que ça d’ailleurs, peut-être est-ce juste un autre univers qui lui ressemble beaucoup. Etre toujours le même, un uniforme uniformément terne à force d’être de même. N’est-ce pas là la pire, la pire, mon bonhomme, des cages de ta vie ?
Oh, mais tu as tant raison petit, de fermer les yeux, à être là assis dans ton monde à toi, à penser à ailleurs… A rêver…
Un rêve, c’est mieux qu’une scie à métaux, pour couper les barreaux.
C’est là, mon bonhomme, comme un flocon de neige sur ma page blanche, un imprévu soudain, un silence, une musique, un je ne sais quoi de magie qui n’existe pas ailleurs, un grain de folie ? Quel fou tu fais ! Enfin, par la fenêtre, les paupières closes, et sans rien d’autre que son sourire, il s’envole.
Un rêve… le voilà qui s’évade sans chercher à partir…
IL n’y a rien à comprendre, tu ne crois pas ? rien à comprendre de cette histoire, de ce morceau d’illusion, de ce bout de bazar enfermé dans une bulle à rêve… oui, enfermé, on est toujours enfermé, limité par nos moyens, même si l’esprit a une force incroyable, c’est ce qu’ils disent tous, c’est leur bel argument, la force de l’esprit… Je ne voudrais pas jouer les désabusée, les terre à terre ( Dieu, quelle horreur !) les sans cœur, sans pitié… Bien sûr, mon bonhomme que je vais te laisser croire, te laisser espérer… n’a-t-on pas tous besoin d’espoir ?
« Heureux les faibles d’esprit » ou quelque chose comme ça disent les béatitudes. Oh oui, comme ils sont heureux ceux qui n’en savent guère plus qu’un enfant de cinq ans ! Ceux-là sont libres vraiment parce qu’ils n’ont pas devant leurs yeux trop d’énigmes auxquelles s’attacher à créer des réponses qui sont tout autant de problèmes.
L’amour, la vie, l’avenir… Que des concepts à barreaux. Et pourtant, tous quelque part ont quelque chose d’un libérateur : ils sont autant de clé sur le chemin qui est le notre, pour enfin trouver à aller quelque part.
Sans même chercher à partir.
Alors on dit oui, et on trime comme tout le monde, dans le même sens et en avant la machine ! Peu importe que le temps passe à côté de nous en nous narguant de ses grandes ailes grises qui filent à toute allure vers un lendemain qu’on ne rattrapera jamais. On va dans le sens de la marche et tout le monde rentre dans le moule. Même celui qui s’arrête en plein milieu pour décider de prendre le contre-pied de la marche du monde, même celui qui décide que le soleil va d’ouest en est et non l’inverse, même celui-là est dans la pire des conformités : il rentre dans le moule du marginal, dans l’idéal de l’opposé, ou l’opposé de l’idéal ce qui revient, franchement, au même…
Mon bonhomme, tu peux bien être assis par terre quand la règle voudrait que tu sois debout, tu n’es jamais qu’en train d’obéir à une autre règle qui veut que tu désobéisses à la première. Quelle tristesse que cette impression de n’être jamais libre.
Mais quelque part, en être conscient, n’est-ce pas déjà entrouvrir une porte close ?
« Quand bien même n’aurions-nous que des illusions, si elles en valent la peine, je suis prêt à laisser mon corps enchaîner dans la caverne si mon esprit vagabonde au soleil »
Des illusions…C’est ce qu’il reste à l’homme, ce qu’il nous reste, lorsque on a, finalement, choisit de grandir.
Saurais-tu, toi, intelligent comme je t’invente, avec cette connaissance que je te donne, encore penser comme un enfant ?
Regarde Eve, regarde Adam, ils étaient les plus heureux des hommes ( bien normal, ils étaient les seuls ) avant de toucher à la « connaissance ».
C’est le savoir qui enchaîne l’homme parce que le savoir fait s’écrouler un univers enchanté où tout reste possible. La Raison, finalement, est aussi destructrice que la passion.
« Alors ne raisonne plus, cesse de penser et attache-toi seulement à écouter ton cœur. A entendre chanter tes rêves, le crépitement délicat de ce feu qui brûle en chaque être humain, écoute l’envie, écoute chaque battement badoum badoum badoum… »
Il y a une autre cage là dedans, sous la neige, sous le brouillard, regarde ma peur, ma peur, elle n’est pas assise par terre elle ! Elle a les ailes géantes d’un oiseau sorti d’un film d’horreur. Et puis tais-toi ! N’est-ce pas moi qui mène la danse ici ? n’es-tu pas une minable marionnette dont je tire les ficelles, moi, moi, moi et uniquement moi ? Si je le voulais pfff plus de bonhomme assis par terre, je pourrais écrire : et soudain le grand mur de brique rouge auquel il était adossé depuis des lignes s’effondra sur lui-même et dans un atroce cri d’agonie, le bonhomme disparu sous la poussière et les gravats, mort écrasé, le pauvre n’aura vécu qu’une page et demie… Fin de l’histoire !
« tu ne peux pas écrire cela. Tu viens de le faire comme pour de rire, comme quand tu avais cinq ans et que tu disais « on dirait que je suis ceci et toi cela ». Tu ne peux pas écrire fin de l’histoire alors que tu ne sais même pas où cette histoire commence, parce qu’il n’y a même pas d’histoire. Je ne suis qu’un personnage seul assis dans mon couloir, avec les autres qui vivent autour de moi, et moi j’attends, j’attends que mon histoire commence. Je n’ai peut-être pas même besoin d’un narrateur pour cela, je n’ai peut-être pas même besoin de toi, mon histoire n’existera peut-être jamais sous tes doigts, ni sous les doigts de personne, pourtant sur cette page et demie, j’ai déjà commencé à vivre. Ainsi, tu peux même m’effacer complètement, sans me donner de suite, tu ne m’empêcherais pas d’avoir été là. Et tant que mon histoire n’a pas eu son mot fin, tant que mon histoire n’a pas été construite selon un plan bien net et défini, je suis un personnage libre, entièrement libre, assis dans mon couloir à attendre. Peut-être que cette attente ressemble à une cage pour toi, mais en réalité, c’est une illusion de cage. Je n’ai ni passé, ni présent, je ne suis d’aucun moment, d’aucun endroit précis, je nage dans le vague, dans un couloir imaginaire qui est pour l’instant tout ce que je possède. Ainsi, j’ai un horizon si vaste devant moi, des possibilités d’existence si variées, que je peux me dire libre, plus libre que toi qui tire mes ficelles »

IL avait l’air triste assis par terre à regarder les autres qui passaient sans rien dire, qui passaient sans le voir et poursuivaient leur routes sans jamais chercher davantage à savoir pourquoi, à savoir si vraiment, ils avaient eu le choix, un jour d’aller dans ce sens là. Et lui, en les regardant, il se disait qu’il avait de la chance, parce que lui n’avait pas de passé, n’avait pas d’avenir, parce qu’il se contentait de flotter dans un présent, arrêté un instant dans le cours de la vie à se demander pourquoi, à se demander si. Et la seule réponse qu’il trouvait à ce vide, à ces barreaux invisibles à ses chaînes illusoires, tenait dans un tout petit rien : c’est la question elle-même qui crée les incertitudes. Tant qu’on ne se demande rien, des comment, des pourquoi, alors on vit sans se soucier jamais de ce boulet qu’on traîne, parce que c’est comme s’il n’existait pas.

Il y a bien des prisons. Suffisamment pour que tu restes libre, je ne t’enfermerai pas dans mon drôle de brouillard. Tu restera toujours assis dans ton couloir, mon bonhomme, sans avoir de nom, sans avoir d’âge, ni d’identité bien précise, tu resteras ce « il » au regard triste, ce « il » assis par terre, à côté de mon « je » qui te regarde attendre. Je te laisserais là, vagabonder dans ton couloir, dans ce vague trait d’imagination, comme un dessin inachevé qui aurait pu devenir un millier, des millions de dessins différents, je te laisserais là, à ton point sans présent, sans passé, sans attache. En somme, libre de toi-même et de toute histoire, de tout savoir supplémentaire qui te créerait des chaînes. Je capitule, mon bonhomme, tu gardes tes ficelles et je reprends mes barreaux.

« Merci » dit-il et je crus entrevoir au coin de ses lèvres un morceau de sourire.

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MessageSujet: Re: prisons   Lun 7 Aoû - 22:50

C'est... déconcertant. A la fois rempli d'humour, on se croit (avec raison ?) en plein délire, et pourtant c'est un bel exemple de réflexion sur l'identité des personnages, le pourquoi, le comment et le but d'une histoire. Une histoire sur une histoire sans histoire au fond... J'aime beaucoup. Et puis comme d'habitude un style impeccable, des images fortes et en prime la réflexion.. Bravo !
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Aurore
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MessageSujet: Re: prisons   Lun 7 Aoû - 23:01

En plein délire... oui en quelque sorte ! disons qu'à la base, je voulais écrire sur prison/liberté avec ce personnage qui me fait la morale... et puis tout est parti en vrille ! et finalement, c'est le personnage qui a pris le dessus sur moi !

En tout cas, merci beaucoup !

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MessageSujet: Re: prisons   Jeu 17 Aoû - 20:35

Mais... excuse-moi, mais avant la lecture je m'interroge : n'était-ce pour un concours lucratif du CROUS?
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MessageSujet: Re: prisons   Jeu 17 Aoû - 22:37

Nope ! Je sais que c'était le thème d'un concours de cette année ( vive les affiches partout à Lille 3) par contre je n'ai pas écrit ce texte pour ça! Je ne fais plus ce genre de concours, ça me prend la tête d'être obligé d'écrire sur un thème imposé. Je l'ai fait deux fois, au collège ( j'ai gagné deux années de suite un sac et un T-shirt du conseil général et un bon de 40 euros à dépenser dans une librairie, sympa non ? ) et même si l''expérience était intéressante, je trouve que ça manque de liberté...
Vu le délire dans lequel je suis partie avec ce texte, ça m'étonnerait qu'il rentre dans la catégorie "concours" !

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MessageSujet: Re: prisons   Ven 18 Aoû - 16:41

Ah, tu me rassures.. Ho, tu étais déjà puissante au collège donc. C'est toujours mieux que les Dicos d'Or... Je vais lire ça de suite.
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