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 Tous mes voeux de bonheur

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TC33
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MessageSujet: Tous mes voeux de bonheur   Jeu 25 Mai - 12:06

C'est une histoire très personnelle. Un peu douloureuse. Beaucoup de choses sont directement des événements que j'ai vécus, et j'aimerai dire exactement mes dernières paroles à mes amis. Désolée si ça peut vous paraître lointain et peu compréhensible pour vous.
Merci de toujours accueillir mes textes.





Tous mes vœux de bonheur






Dans la salle bondée, au milieu des rires et du bruit de fond de dizaines de voix, un son cristallin et bien connu se fait soudainement entendre. Deux ou trois discussions s’arrêtent, donnent sa chance à se discret tintement, et bientôt tous finissent par se taire et le laisser résonner, solitaire, précis, sûr de lui et de sa victoire. Toutes les têtes se retournent alors pour chercher sa provenance : là-bas, dominant la salle entière, une jeune femme à la table principale s’est seule levée, et contemple avec une satisfaction mêlée de crainte le pouvoir de son simple geste. Elle n’est pas très grande, ne ressemble pas à une beauté fatale sans que ses rondeurs ne la fassent toutefois totalement remarquer non plus. Elle appartient à cette espère de médiocrité qui physiquement la rend pratiquement invisible. Ce soir pourtant il y a comme quelque chose de différent. Son maquillage détache subtilement ses yeux marron aux reflets verts de ses traits plats, et une légère teinte violette fait briller ses lèvres. Elle porte une longue robe noire qui avantage ses courbes et la met en valeur d’une façon qu’on ne lui connaissait pas. De même que ses cheveux, relevés en un sage chignon, mais qui ont oublié une mèche crollée le long de sa joue jusque sur ses épaules dénudées, tout en elle paraît relever d’un univers où elle n’a pas l’habitude d’être aperçue. Cela se perçoit jusque dans la manière dont elle tient ce couteau, dont elle le frappe fermement sur la carafe devant elle. Cet instant est précieux, unique. Malgré son caractère traditionnel, de déjà-vu et attendu par tous les invités, ce soir il pourrait relever pour elle d’une importance que personne n’est pour l’instant en mesure de deviner ; et c’est peut-être ce qui fait alors sa force, cet imprévu dont elle-même n’a conscience qu’au dernier moment.
Elle inspire profondément, souris, desserre les lèvres pour se mettre à parler… et aucun mot ne vient. Son regard est fixé sur son voisin, sur la femme qu’il tient par la main d’une habitude nouvelle. Tous deux la regardent avec confiance, leurs yeux comme leur sourire l’invitant à commencer, attendant avec amusement les paroles qu’elle va prononcer. Dans la salle, tous les invités sont à ce moment précisément dans le même état d’esprit que ces deux-là, et face à son mutisme, des ‘Allez Marie !’, ‘le discours, le discours !’ s’accompagnent du vacarme des mains que l’on frappe, des pieds qui claquent par terre, peut-être même y a-t-il un ou deux sifflement, là-bas à droite… Mais Marie ne les entend pas. Son regard reste fixé sur les deux jeunes mariés, et un soudain dégoût l’envahit brusquement, une envie de changer les événements et de réparer ses erreurs. Elle pensait jusque là qu’elle pourrait tenir le coup ; et bien que le plus dur soit passé, à cet instant la situation lui paraît insoutenable, injuste, et elle se mettrait bien à crier, à pleurer, à hurler au monde entier sa détresse. Ses mains se mettent à trembler, ses lèvres remuent infiniment en cherchant à vaincre ce terrible sentiment d’impuissance ; et pourtant elle pourrait le faire, se délivrer. Il lui suffirait, là, maintenant, de dire que…


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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   Jeu 25 Mai - 12:08

« Charles et moi, on s’est rencontré juste après le lycée, en prépa. Rien ne nous disposait à nous rencontrer : lui était spécialisé dans les maths, et moi je les avais abandonnés pour la littérature. La vie est imprévisible…
La première fois que je l’ai vu, c’était un soir, deux ou trois semaines après la rentrée. J’ai toujours aimé la musique et, quand j’entends, quand je vois quelqu’un jouer… Ce que j’ai ressenti en écoutant Charles au violon, rien ne peut le décrire. C’était la première fois que j’entendais un son aussi pur, rendu avec une émotion pleine de passion, qui ressentait vraiment le morceau. Ce n’était plus des notes mises à la suite pour former un tout cohérent, c’était un personnage, un monde vivant et mouvant, qui aimait, qui souffrait, qui riait comme n’importe quel être sensible. Je passais simplement devant la salle où il s’exerçait, mais attirée par cette magie je me suis approchée pour contempler l’artiste qui accomplissait un tel chef d’œuvre. Il était là, seul dans cette grande salle avec son instrument, tremblant, grimaçant, souriant au gré de sa création. Il était tellement absorbé par son travail qu’il ne m’a pas remarquée, et jamais je n’aurais osé l’interrompre. Alors je suis restée sur le pas de la porte, invisible et muette pendant qu’il continuait sans cesse à faire errer ses doigts le fragile morceau de bois. Le temps avait totalement disparu. A contrecoeur il m’a fallu partir, sans qu’il n’ait jamais rien remarqué de ma présence ou de mon émotion. C’était comme une rencontre avec la foi.
Les jours sont passés, et je l’ai presque oublié. Le travail me laissait peu de temps pour penser à cette rencontre, d’autant plus que je ne savais rien de lui, et que j’évaluais mes chances de le revoir à peu près égale à la valeur nulle de l’addiction… Et puis un soir, le destin a voulu de nouveau que l’on se croise. C’était l’anniversaire d’une connaissance commune –on s’était retrouvé là un peu par hasard, par curiosité ou par politesse. Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, c’est encore une fois le hasard qui a fait qu’il se retrouve à un moment assis à côté de moi. Dans une courageuse tentative de sociabilité on s’est mis à parler, de rien, puis de nous peu à peu. De notre vie d’avant, de notre vie maintenant… Il s’est en fait avéré que nous habitions dans la même résidence universitaire, à quelques couloirs l’un de l’autre… Ce soir-là, je n’aurais jamais pensé que nous irions plus loin qu’une simple relation épisodique purement polie, mais pourtant j’ai senti qu’il y avait quelque chose de différent chez lui. On est rentré assez tôt, accompagnant aussi deux gars de la résidence qui tenaient assez mal l’alcool. Ils ont pris les devants, se tenant par la taille en baragouinant des phrases incompréhensibles dans un anglais médiocre, comme s’ils étaient deux frères inséparables. Charles est resté un peu en arrière avec moi et, pendant que de temps en temps on pouffait de rire en voyant nos deux compagnons, il continuait à me parler de son village, de sa famille. C’est là qu’il m’a offert son premier cadeau : avec des paquets de bonbons, il m’a fabriqué deux bateaux en papier, et une Statue de la Liberté, également en papier. Si, si, je vous l’assure ! Honnêtement… c’était plutôt moche. Mais c’était la chose la plus originale et la plus spontanée qu’on m’ait jamais offert, et il a au moins eu le mérite de m’intriguer.
Je n’avais pas deviné ce soir-là l’importance de ces événements. Je ne pense même pas qu’aujourd’hui je sois capable de vous le dire. Je cherche depuis quelques temps mais je n’arrive pas à trouver.
Ce premier soir avait été parfait.
A partir-là on a commencé à se parler régulièrement, à se raconter toute notre vie, par petits morceaux. Souvent, je l’entendais jouer du violon alors j’entrais, je m’asseyais et l’écoutais. En silence d’abord. Puis je me mis à donner parfois mon avis sur ses créations, commençant à sentir lorsque cela lui plaisait, lorsqu’il trouvait qu’il avait été médiocre… Et, en réalité, vu la confiance qu’il a en lui, je passais plus de temps à lui dire que ce n’était pas si mal qu’à acquiescer à ses soupirs exaspérés. Je finis par pouvoir savoir quand il allait se tourner vers moi en disant qu’il ‘avait totalement chié’ ou lorsqu’il sourirait simplement d’un air gêné. Moi je souriais toujours, ne pouvant sans rien dire d’autre devant son talent qu’un éternel ‘pfff… tu m’dégoûtes ! mais comment tu fais pour jouer des trucs aussi magnifiques ?’. Ca le rendait encore plus gêné.
En dehors des heures à l’écouter jouer, je travaillais aussi régulièrement chez lui. Et le soir, on se tenait debout sur la coursive devant sa chambre, parlant des heures de tout ce qui se présentait, de la fontaine qu’on voyait à l’horizon, des mouettes qui riaient avec sadisme, du bruit de la ville ; des souvenirs de vacances, de notre classe de terminale, de nos amis ; je lui narrais ma dernière tragédie amoureuse, il me racontait comment il s’était fait dragué un cour entier par son voisin, et un soir on en est même arrivé à un couple de poupées gonflables… Jamais finalement nous n’avions abordé la question essentielle.
Avec le temps, je lui présentai mes amis, mes compagnons de classe, et lui les siens. On traînait chez les mêmes personnes, on allait aux mêmes fêtes –soit dit en passant, heureusement que j’étais là pour vider les bières en trop et lui rappeler en quelle année on était. Les vacances on s’envoyait des messages, par ordinateur, par textos… pour encore tout se raconter à la rentrée. Nous étions utiles l’un à l’autre, selon nos capacités. Il reprenait toutes mes fautes d’orthographe, et je lui prêtais mes stylos… Echange de bons procédés, tout le monde y trouvait son compte. Il aimait aussi beaucoup m’énerver, me faire marcher pour que je coure et… je lui rendais bien. Et si ça dégénérait, cela n’était pas pour longtemps : désolé, excuse-moi, bisou ? câlin, et paf, cela recommençait comme avant. Pourquoi aurait-on voulu autre chose ?
Quelque chose au fond de moi a tout de suite senti comme une imperfection dans cette situation idyllique, mais je n’arrivais pas à trouver ce qui manquait. Peut-être était-ce par peur, peut-être est-ce que je m’aveuglais… ou peut-être est-ce que je connaissais si peu ce que je cherchais que je n’y pensais même pas. Le fait est que certains signes dans mon comportement, des sensations que je ne pouvais qualifier, des pensées qui m’étaient étrangères, tout cela occupait une place grandissante en moi sans que j’en trouve la raison. Et quand j’ai enfin su… Il était trop tard.

Je n’ai jamais vraiment réussi à me rappeler comment elle était arrivée. J’entends encore des rires, des chants, un peu de larmes aussi, mais tout est confus et s’est mélangé, presque effacé. Mais voilà, un jour, elle était là, sans crier garde, complétant naturellement notre duo en un harmonique trio. Elle apporta la fraîcheur, la joie de vivre, et un grain de folie. Elle était adorable, faisant tenir ses longues mèches blondes avec une pince liliputienne en une coiffure farfelue, riant toujours, débitant des phrases dans la langue du Pays du Soleil Levant pour après nous emmener dans ses musiques poignantes. Il y avait autour d’elle une vie qui se répandait à flots et dissipait tous les malheurs. Enfin, presque…
Le regard de Charles brillait quand elle était là, et il semblait toujours manquer de quelque chose si elle s’éloignant trop longtemps. Quand il la regardait, il y avait comme des étoiles filantes au milieu de ses yeux, une fontaine de douceur, des rêves aux reflets d’argent. On y voyait ses sourires, des souvenirs de monde magiques, de contes modernes aux destinées sauvages. Jamais je ne l’avais vu si proche du bonheur, d’un jardin caché aux étés éternels dont les chants remplissaient le cœur. Il avait trouvé sa perfection. Cela me pinçait le cœur quand j’y pensais, sans pour autant en deviner la cause.
Bientôt, Gabrielle ne s’éloigna plus. Je commençai à me sentir de trop ; ils étaient à deux dans quelque endroit secret, inaccessible. Je savais que ce n’était pas contre moi, que quelque chose de plus puissant que leur volonté propre agissait, mais je ne pouvais m’empêcher d’en souffrir. J’en étais arrivée à agir d’une manière dénuée de tous sens. Je souffrais de son nouveau souffle sans comprendre pourquoi, et j’avais mal d’en vouloir à mes deux amis pour ce sentiment que je ne comprenais pas. Je ne disais plus que des phrases sans queue ni tête, j’avais envie de pleurer à chaque fois que je pensais, et tout cela me coupait l’appétit, le sommeil et l’envie de rire. Plus j’allais mal, plus je m’en voulais, plus mon état empirait.
Un soir, je compris tout.
Ils me l’ont annoncé spontanément, innocemment, un sourire aux lèvres. En fait, ils n’ont pas eu besoin de beaucoup d’explications. ‘Gabrielle et moi on sort ensemble depuis…’ Je n’ai pas entendu le reste de leurs paroles enjouées. J’ai dû me sentir happer par une force invisible dans un monde sans lumière. Une sensation d’abîme commença doucement à me brûler l’estomac. Le rouge aurait sûrement gagné mes joues, de même que les larmes, si je n’avais pas fait un effort suprême pour sourire et baragouiner une phrase du genre ‘Génial’. ‘Magnifique’. ‘Bravo pour vous’. Il fallait faire semblant. Un moment au moins…
Attendre. Parler. Sourire.
Ils ont continué quelques minutes à me parler. Etait-ce des secondes ? Des heures ? Je ne sais plus trop. J’avais perdu toutes notions de temps. La seule chose sur laquelle j’arrivais encore à me concentrer était de garder le masque, de sourire, de retenir le flot d’émotions que je sentais bouillir au fond de mon cœur et qui ne rêvait que de déborder, entraînant mes propres pensées et risquant peut-être de briser mes amitiés dans la bataille. Je ne sais pas exactement si je ne dis rien par peur de les blesser ou par peur d’avouer ainsi mes faiblesses.
C’est comme si j’avais soudain ouvert les yeux.
Je me suis retrouvée soudain seule au milieu de ma chambre. M’efforçant de ne pas craquer, j’avais réagi purement mécaniquement, à un point tel que je n’avais pas pu me rendre compte qu’ils partaient. Je me trouvais alors vide. Les murs n’existaient plus. La porte close s’ouvrait sur un univers dont la fin se perdait infiniment à l’horizon. Par la fenêtre, la nuit noire engloutissait peu à peu ma volonté et m’attirait inéluctablement vers l’inconnu. La seule chose qui me tenait encore à la réalité était cette phrase qui tournait sans cesse en moi, une voix qui résonnait encore et toujours, se cognant dans mes cellules, envahissant ma vue. ‘Gabrielle et moi…’ Elle dansait, frappait, tombait, tournoyait jusqu’à perdre l’équilibre ; se relevait, prenait de l’élan, s’élançait encore avec plus de vigueur, plus de rage et de volonté que son essai précédent.
Alors je me suis mise à pleurer.
Je laissai échapper la première larme dans un cri mourrant. Les suivantes s’engouffrèrent alors dans la faille, et jaillirent comme la mer s’élance sur les falaises, me rongeant peu à peu comme la pluie crée le lit des rivières. Je pleurai, frappai, criai. Accroupie dans un coin, accrochée à l’oreiller, je n’arrivais ni à bouger, ni à m’arrêter. Mes membres étaient secoués de tremblements incessants qui déversaient toujours plus de douleur à chacun de leurs hoquets nerveux.
Il n’y avait plus de pensée. Plus rien. Que la douleur.
Je réussis à me coucher quand la lune disparut. A mon réveil, le soleil était encore timide. Je restai prostrée sur mon lit, immobile, muette, incapable de rien. Penser, encore, imaginer, toujours. Tout rater. Aveugle, je venais d’ouvrir les yeux face à un soleil qui me tuait de ses rayons. Il était trop tard. Ma chance s’était envolée. Enfouie, évanouie ; je mourrai de manquer d’une chose que je ne pensais pas connaître. L’avenir me semblait sans vie. Et le pire était peut-être encore de ne rien pouvoir dire, de devoir tout garder pour ne pas risquer de briser Charles, Gabrielle ; Gabrielle, Charles… Je devais les perdre. C’était nécessaire. Comment les garder maintenant ? Comment pourtant accepter d’ôter deux étoiles à mon ciel ?
Je fis ma valise rapidement, sans un mot, sans voir personne, et rentrai chez moi aussitôt. La fuite me paraissait l’option la plus favorable pour commencer. Je ne leur laissai aucun mot, aucun signe qui pourrait leur indiquer l’endroit où je me trouvais, et pourquoi j’y étais. J’éteignis mon téléphone, bloquai ma connexion Internet et m’enfermai dans ma chambre. Je dis à mes parents de me refuser toute visite, leur demandant d’indiquer à ceux qui me chercheraient éventuellement que j’étais malade. Ensuite, je restai assise sur mon lit, nuit et jour, regardant inlassablement passer les nuages par la fenêtre. Je ne mangeai plus rien, je ne dormais plus, je ne bougeais plus. La seule chose dont j’étais encore capable, c’était de penser, repasser toute l’année dans mon esprit, d’analyser, décortiquer, chercher ce qui avait pu me rendre aveugle à ce point et ce qui aurait dû m’ouvrir les yeux.
J’avais mal. Et, plus encore, j’avais peur. Peur de moi. Peur de me retrouver seule. Peur de les perdre. Peur d’avouer. Peur de le garder. Peur de les voir. Peur, peur, peur encore. Ca ronge le ventre. Ca pique les yeux. Ca brise le cœur, plus encore que de savoir.
L’imagination est une chose horrible dans ces cas-là. Je ne vous dirais rien. Voir son regard. Sa main dans ses cheveux. Sa tête dans son cou. Ses bras sur son ventre. Ses lèvres… Je n’arrivais pas à m’en sortir.
Bravant mes interdits, c’est finalement Moïra qui était venue me voir, un après-midi de soleil. Elle rayonnait comme un ange. Dieu lui avait murmuré que j’allais mal, et elle avait donc accouru à mon secours. On se connaissait bien. On avait été au lycée ensemble, et elle avait toujours été là pour me soutenir quand il le fallait. Elle trouvait donc naturel de venir maintenant que rien ne fonctionnait plus. Elle parla, longuement, je ne sais plus exactement de quoi, et je la regardai en silence. Je me rappelle seulement qu’à un moment, n’y tenant plus, je finis par m’effondrer dans ses bras, et elle n’a pas eu besoin que je lui raconte. Elle me serra contre elle comme on sert un enfant, me berçant doucement, murmurant des paroles de réconfort. Nous sommes restées ainsi pendant des heures. Quand elle est partie, j’étais résolue.
Après plus d’une semaine d’absence, je suis retournée en cours. J’ai revu Gabrielle et Charles comme auparavant ; un peu moins, leur laissant toujours de quoi conserver leur tout nouvelle intimité. La douleur passa. Le temps aussi.

Et puis ce soir… J’ai réalisé que la souffrance était toujours là. J’ai la nausée. La tête me tourne. Je vous regarde tous et j’en deviens malade. Je vous hais. Tous. Presque.
Ce sentiment n’a jamais disparu. Il brûle encore. Il ronge. Finalement, j’aurais dû partir et vous abandonner.
Je hais cette femme. Je te déteste. Tu as gâché ma vie. Tu m’as pris mon cœur et mes rêves. Tu as détruit mon avenir.
J’aurai voulu que ce mariage n’ait jamais lieu. Charles, tu n’aurais pas dû. Elle ne vaut rien. Tu aurais dû être à moi…
Tu sais, au fond Charles j’ai toujours su :

Je t’aime. »


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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   Jeu 25 Mai - 12:08

Toute la salle la regarde, étonnée par son silence. Elle est restée immobile, la bouche entrouverte, sans réussir à sortir un seul son. Autant son cœur lui refusait de prononcer ce que tout le monde ici attendait, autant sa raison lui interdisait d’avouer, maintenant, publiquement, ce qu’elle cachait depuis tant d’années. Devait-elle réellement gâcher cette journée, ou bien sacrifier sa vie ?
Une main qui se pose sur la sienne… ‘Est-ce que ça va ?’ Elle se tourna vers Charles qui la regardait avec peut-être un peu d’inquiétude. Ses grands yeux verts… Il faudra qu’elle lui dise un jour. ‘T’as de beaux yeux tu sais ?’ Peut-être. Ils sont tellement magnifiques à cet instant. Heureux. Elle se rend compte tout à coup de ce qui l’entoure, de ce que cela signifie. Les gens rient, mangent, se disputent gentiment d’un côté, les enfants jouent avec insouciance. Tout respire la perfection. Et ses deux pupilles émeraude remplies de tout cela, du sourire frais de Gabrielle, des perspectives d’un avenir encore plus beau… Il rayonne. Le sentiment que les choses ne sont pas toujours injustes…
Ce n’était plus une question d’envie ou de devoir ; en avait-elle réellement le droit ?
‘Marie ?
Ce n’est pas grave si tu n’arrives pas à…
-Non.’
Elle lui sourit, serre la main qu’il avait toujours posée sur la sienne.
‘Je vais le faire.’
Il lui sourit alors pour la première fois, bienveillant. Elle se retourne de nouveau vers la salle qui l’attend, frappe une seconde fois sur le verre en cristal qui chante d’un son clair et fait taire ceux qui, impatients, sont retournés à leur conversation, et ceux qui crient toujours qu’elle commençât. Elle les contemple, tous, un à un, respire un bon coup pour chasser les derniers vents de l’angoisse.
‘J’avais préparé quelque chose mais… je viens de me rendre compte que c’était totalement ridicule. Je voulais… il est… euh…

J’ai deux amis formidables. Je les aime beaucoup. Je les adore. Jamais je ne saurais exprimer à quel point ils comptent pour moi. Il faudrait que je vous décrive mes sensations, nos rires, le besoin de les voir. Jamais je ne pourrais les remplacer. Si je devais les perdre… Pleurer des nuits entières, je plus rien manger, ne penser qu’à ça… c’est encore trop doux. Je m’en voudrais toute ma vie si je les laissais partir. Ils m’offrent tant… J’ai cru les perdre un jour et… ça a été la pire chose de ma vie. Je me suis rendue compte que je ne pouvais pas me passer d’eux. Ils me sont indispensables. C’est comme une partie de mon âme. Rire, pleurer, souffrir, aimer… ces mots n’ont de sens que s’ils sont là. ‘Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.’ Perdez-en deux, et vous disparaissez aussi.
Ce que j’aimerai leur dire ce soir c’est… d’abord, qu’ils soient heureux, ensemble, et pour toujours, comme aujourd’hui, et que jamais une tempête ne traverse leur vie. Ensuite, je voudrais… m’excuser, pour n’avoir pas toujours été à la hauteur, pour n’avoir pas toujours agi comme il le fallait, d’avoir douté, crié, râlé, perdu espoir, perdu la foi, perdu patience, je m’excuse de n’avoir pas toujours eu de courage, de n’avoir pas toujours su, d’hésiter, de craindre, de n’avoir pas toujours confiance, d’être parfois invivable, étouffante, incompréhensible, malsaine, gênante, frappante, choquante, lourde, déprimée, sourde, pétrifiée, absente, de faillir… d’être trop souvent désolée mais jamais quand il le faut. Merci d’avoir toujours été là quand il le fallait, de vous retirer quand j’en ai besoin, de m’avoir récupérée au fond du gouffre, d’avoir souri, ri, aimé quand même, tendu la main, senti quand il fallait rassurer, se taire ou même râler, dire quand j’allais trop loin ou quand je m’arrêtais trop tôt, m’avouer mes fautes et mes réussites, mes qualités et mes défauts, me faire confiance quand je n’en avais pas, me remettre à l’heure quand j’en avais trop, et continuer d’être vous-mêmes quelque soit les situations, d’avoir prouvé que je pouvais faire quelque chose pour les autres et exister… d’avoir été tolérants… d’avoir pardonner… malgré tout.

Je vous souhaite d’avoir en amour autant de bonheur que vous m’avez donné en amitié.

Merci.’

Il règne un silence ébahi. Une larme a coulé le long de sa joue, silencieusement, et d’autres la suive à présent, en paix. Alors qu’elle baisse les yeux de tous ces regards, les murmures se lèvent et les mains commencent à frapper. Quelques-unes se lèvent. Gabrielle la première quitte son siège et entoure Marie de ses bras. Les deux femmes se serrent l’une contre l’autre, rendant leurs mots inutiles.
‘Merci ma chérie, c’était génial, merci.’
Elles se séparent, et Gabrielle passe la main sur le visage de son amie, ce qui n’arrête pas forcément les pleurs mais les fait rire toutes les deux.
‘Je suis désolée, je…’
Mais non, mais non, faut pas ; c’est pas grave, c’était magnifique.
Puis elle va se rasseoir, révélant Charles, souriant aussi, les yeux protecteurs. Il s’approche, lui prend les mains. C’est à peine supportable de croiser son regard si proche, brillant, parfait. Elle se sent ridicule ; le sens, noyé sous les larmes, ne doivent strictement rien faire passer… ou beaucoup trop.
Il la prend dans ses bras, et ils ferment les yeux à leur contact tendre, vivant, confiant. Elle sent son souffle lui glisser dans le cou. Et puis quelques mots, à peine audibles.

‘Merci.

Tu sais, au fond Marie j’ai toujours su…’



FIN


Tc




Pour Aline, pour Lionel… Je vous souhaite tous mes vœux de bonheur. Un peu à l’avance.
Je vous aime mes amis.
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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   Jeu 25 Mai - 12:25

Toute la salle la regarde, étonnée par son silence. Elle est restée immobile, la bouche entrouverte, sans réussir à sortir un seul son. Autant son cœur lui refusait de prononcer ce que tout le monde ici attendait, autant sa raison lui interdisait d’avouer, maintenant, publiquement, ce qu’elle cachait depuis tant d’années. Devait-elle réellement gâcher cette journée, ou bien sacrifier sa vie ?
Une main qui se pose sur la sienne… ‘Est-ce que ça va ?’ Elle se tourna vers Charles qui la regardait avec peut-être un peu d’inquiétude. Ses grands yeux verts… Il faudra qu’elle lui dise un jour. ‘T’as de beaux yeux tu sais ?’ Peut-être. Ils sont tellement magnifiques à cet instant. Heureux. Elle se rend compte tout à coup de ce qui l’entoure, de ce que cela signifie. Les gens rient, mangent, se disputent gentiment d’un côté, les enfants jouent avec insouciance. Tout respire la perfection. Et ses deux pupilles émeraude remplies de tout cela, du sourire frais de Gabrielle, des perspectives d’un avenir encore plus beau… Il rayonne. Le sentiment que les choses ne sont pas toujours injustes…
Ce n’était plus une question d’envie ou de devoir ; en avait-elle réellement le droit ?
‘Marie ?
Ce n’est pas grave si tu n’arrives pas à…
-Non.’
Elle lui sourit, serre la main qu’il avait toujours posée sur la sienne.
‘Je vais le faire.’
Il lui sourit alors pour la première fois, bienveillant. Elle se retourne de nouveau vers la salle qui l’attend, frappe une seconde fois sur le verre en cristal qui chante d’un son clair et fait taire ceux qui, impatients, sont retournés à leur conversation, et ceux qui crient toujours qu’elle commençât. Elle les contemple, tous, un à un, respire un bon coup pour chasser les derniers vents de l’angoisse.
‘J’avais préparé quelque chose mais… je viens de me rendre compte que c’était totalement ridicule. Je voulais… il est… euh…

J’ai deux amis formidables. Je les aime beaucoup. Je les adore. Jamais je ne saurais exprimer à quel point ils comptent pour moi. Il faudrait que je vous décrive mes sensations, nos rires, le besoin de les voir. Jamais je ne pourrais les remplacer. Si je devais les perdre… Pleurer des nuits entières, je plus rien manger, ne penser qu’à ça… c’est encore trop doux. Je m’en voudrais toute ma vie si je les laissais partir. Ils m’offrent tant… J’ai cru les perdre un jour et… ça a été la pire chose de ma vie. Je me suis rendue compte que je ne pouvais pas me passer d’eux. Ils me sont indispensables. C’est comme une partie de mon âme. Rire, pleurer, souffrir, aimer… ces mots n’ont de sens que s’ils sont là. ‘Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.’ Perdez-en deux, et vous disparaissez aussi.
Ce que j’aimerai leur dire ce soir c’est… d’abord, qu’ils soient heureux, ensemble, et pour toujours, comme aujourd’hui, et que jamais une tempête ne traverse leur vie. Ensuite, je voudrais… m’excuser, pour n’avoir pas toujours été à la hauteur, pour n’avoir pas toujours agi comme il le fallait, d’avoir douté, crié, râlé, perdu espoir, perdu la foi, perdu patience, je m’excuse de n’avoir pas toujours eu de courage, de n’avoir pas toujours su, d’hésiter, de craindre, de n’avoir pas toujours confiance, d’être parfois invivable, étouffante, incompréhensible, malsaine, gênante, frappante, choquante, lourde, déprimée, sourde, pétrifiée, absente, de faillir… d’être trop souvent désolée mais jamais quand il le faut. Merci d’avoir toujours été là quand il le fallait, de vous retirer quand j’en ai besoin, de m’avoir récupérée au fond du gouffre, d’avoir souri, ri, aimé quand même, tendu la main, senti quand il fallait rassurer, se taire ou même râler, dire quand j’allais trop loin ou quand je m’arrêtais trop tôt, m’avouer mes fautes et mes réussites, mes qualités et mes défauts, me faire confiance quand je n’en avais pas, me remettre à l’heure quand j’en avais trop, et continuer d’être vous-mêmes quelque soit les situations, d’avoir prouvé que je pouvais faire quelque chose pour les autres et exister… d’avoir été tolérants… d’avoir pardonner… malgré tout.

Je vous souhaite d’avoir en amour autant de bonheur que vous m’avez donné en amitié.

Merci.’

Il règne un silence ébahi. Une larme a coulé le long de sa joue, silencieusement, et d’autres la suive à présent, en paix. Alors qu’elle baisse les yeux de tous ces regards, les murmures se lèvent et les mains commencent à frapper. Quelques-unes se lèvent. Gabrielle la première quitte son siège et entoure Marie de ses bras. Les deux femmes se serrent l’une contre l’autre, rendant leurs mots inutiles.
‘Merci ma chérie, c’était génial, merci.’
Elles se séparent, et Gabrielle passe la main sur le visage de son amie, ce qui n’arrête pas forcément les pleurs mais les fait rire toutes les deux.
‘Je suis désolée, je…’
Mais non, mais non, faut pas ; c’est pas grave, c’était magnifique.
Puis elle va se rasseoir, révélant Charles, souriant aussi, les yeux protecteurs. Il s’approche, lui prend les mains. C’est à peine supportable de croiser son regard si proche, brillant, parfait. Elle se sent ridicule ; le sens, noyé sous les larmes, ne doivent strictement rien faire passer… ou beaucoup trop.
Il la prend dans ses bras, et ils ferment les yeux à leur contact tendre, vivant, confiant. Elle sent son souffle lui glisser dans le cou. Et puis quelques mots, à peine audibles.

‘Merci.

Tu sais, au fond Marie j’ai toujours su…’



FIN


Tc




Pour Aline, pour Lionel… Je vous souhaite tous mes vœux de bonheur. Un peu à l’avance.
Je vous aime mes amis.
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Aurore
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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   Jeu 25 Mai - 12:33

Ma TC, c'est un texte d'une force éblouissante, d'une émotion terrible. J'espère que s'ils ont lu, ils verront comme ton geste est magnifique. Prend soin de toi.

_________________
être assez spécial pour être tout de même quelqu'un...
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Fabrice
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MessageSujet: Beau Texte   Ven 26 Mai - 3:51

Tout ce que j'en pense est dans le titre. Bravo pour cette nouvelle qui se dévore avec retenue et déléctation.
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TC33
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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   Sam 27 Mai - 14:30

Embarassed Merci
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MessageSujet: Re: Tous mes voeux de bonheur   

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Tous mes voeux de bonheur
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