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 Acte figé

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TC33
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MessageSujet: Acte figé   Sam 14 Jan - 18:53

Un texte que j'ai écris avant les vacances, un peu désabusé, sur ma situation avec Mr. Green Je précise pas toute l'histoire mais le fait est qu'au moment où je la bouclais elle devenait totalement fausse... pour se retrouver de nouveau probable et totalement vraie dans l'idée. No comment Neutral



Acte figé




On rencontre tellement de gens dans la foule… Penses-tu qu’on puisse s’y croiser soi-même un jour mon cœur, au hasard de nos regards ? Peut-être… Si seulement tu pouvais lire sur les âmes comme je pense y réussir…



Il y a ce couple là, en face de nous. Le décor est un hall de gare banal, un de ces grands espaces ouverts à tous les vents et à tous les paysages ; on y passe sans y prêter attention, on le traverse au milieu d’innombrables passagers d’un instant qui oublient tout aussi vite leur traversée. C’est pratique ; il suffit de passer comme sur un pont, pas de regard pour le vide sous nos pieds, droit devant, et rien ne paraît plus facile et dénué d’intérêt.
Ces deux là, en face de nous, correspondent apparemment à ces insouciants, venant franchir un gouffre tellement quelconque qu’ils passeraient de l’autre côté sans s’en rendre compte. Pourtant ils sont comme toi et moi mon Amour, sur un fil tendu qu’ils savent prêt à les abandonner s’ils font un pas de travers. Bien sûr ils vivent comme tous ces autres, comme si de rien n’était, comme s’ils n’étaient au courant de rien, comme nous. Ils pourraient, s’ils le voulaient, marcher en sécurité, mais ce serait exister sans eux-mêmes… Ils ne peuvent vivre séparer, ils souffrent de vivre ensemble, alors ils continuent la farce. Ils finiraient même par s’y habituer, lui surtout, a perdu toute notion de la situation -question de survie. Elle, les retient tous les deux ; elle ne sait même pas comment elle fait pour ne pas finir par tout lâcher -question de survie aussi, sûrement.
Pour le moment, ils sont tout à fait dans leur rôle. Ils se fondent dans la foule et font semblant de croire à la pièce, espérant qu’elle ne tourne en tragédie. En réalité, ils évitent d’y penser -cela vaut mieux pour tout le monde. Est-ce qu’ils y arrivent vraiment, est-ce que c’est efficace… il vaut en effet mieux ne pas y penser.
Ils se sont installés sur un des bancs en pierre, ses affaires à lui à leurs pieds. Elle n’a rien, juste un sac qu’elle dépose à côté des siens -elle est venue pour l’accompagner, passer encore quelques minutes avec lui. Ils ont tous deux le visage rougi par le froid, le bout du nez glacé, les oreilles devenues insensibles. Ils sont arrivés à l’instant, se regardent quelques secondes… pour finir par éclater de rire en voyant leur état. Ca leur fait du bien de temps en temps, ça aide à oublier. En plus, aujourd’hui ça les réchauffe un peu. Alors ils rient, juste comme il faut, assez pour y croire, mais sans aller jusqu’à l’hystérie ; un rire parfait comme la nature n’en fait pas.
Ils finissent par se calmer, et se mettent à discuter de tout, de rien. Elle surtout, essaie de lancer la conversation le plus longtemps possible ; elle déteste les silences indécis, la tension les adore trop. Mais voyant qu’au bout d’un moment elle tremble toujours autant, comme si elle était elle-même devenue l’hiver alentour, il finit par l’entourer de son bras et la serre contre lui. Elle sourit malgré elle, se blottit contre son cœur, nichée juste en dessous de son cou. Elle ferme les yeux et serre les poings comme pour retenir le souffle du temps. Ainsi protégée, elle pourrait presque croire au paradis.
Elle sait pourtant qu’elle joue un jeu dangereux en le laissant faire, en se laissant approcher par le feu ; et la suite lui donne raison. Bientôt, elle peut commencer à compter les battements de son cœur au rythme de son souffle qui lui caresse la nuque. Elle sent un frisson la traverser régulièrement, descendre jusqu’au bas de son dos, l’envie monter, décroître dans ses pauses, la raison la frapper violemment. Comme je la comprends mon Ange ! Rêver de prendre sa main dans la sienne, embrasser ta joue, tes lèvres, le serrer comme elle à jamais…
Lui ne se rend pas compte. Il a un goût amer sur les lèvres. Le sel des larmes qu’il n’a pas versées pour une autre. Celle qu’il tient si fort dans se bras c’est sa confidente, son coussin, sa bulle qu’il protège en échange de sa tendresse. Mais au fond des yeux il a son cœur, si lointain, qu’il cherche depuis l’éternité dans une autre qui l’ignore. Il aime une amie ; son amante est partie il y a bien longtemps et son ombre les recouvre toujours. Il ne sent même pas que la petite bête transie qu’il tient dans ses poignets a froid de lui. Il l’oublie, ou ne veut y penser -question de survie.
Parfois, elle plonge son regard dans ses grands yeux verts. Elle y lit toute la souffrance qu’il ressent de ne pas la voir à sa place, la déception du livre qu’elle a achevé avant la fin. Quand elle y pense, cela l’enrage. Elle en viendrait presque à la haïr. Ils étaient si bien, ils pouvaient rire de n’importe quoi, pleurer dans les bras l’un de l’autre. Elle lui faisait confiance -mensonges… Elle lui aurait pardonné si elle l’avait aimé et rendu heureux -elle ne s’attend pas à acheté son âme- mais elle a brisé son cœur… Oui, cela lui fait mal de voir qu’il l’aime encore. C’est encore pire de voir qu’il en souffre.
C’est dans des moments comme celui-là qu’elle la hait le plus ; quand elle se trouve si proche de lui que leurs douleurs se mêlent et se comprennent. C’est ce qui les rapproche et les tient à distance en même temps, une chaîne qui les empêchent de s’atteindre mais leur permet de survivre pourtant. En fait, la pièce est déjà une tragédie -en suspens, qui n’attend qu’un signe de faiblesse de leur part pour déclencher son mécanisme implacable. Peut-être ne sera-t-il jamais lancé, que le destin finira par leur faire oublier, par délier leur chemin avec tant de finesse que, le temps qu’ils s’aperçoivent qu’ils se lâchent, ils se seront déjà perdus de vue. Peut-être aussi que demain tout s’effondrera… Enfin, pour le moment tout va bien.

Une annonce de la standardiste les tire de leur parenthèse intime : son train va arriver en gare. S’il ne veut pas le rater -comme cela lui arrive fréquemment- ils feraient mieux de se lever avant de ne plus en avoir le courage. Elle se relève alors à regret de son cœur, sourit timidement ; il baragouine deux ou trois mots d’un air désolé. Elle s’en énerverait presque parfois : il donne toujours l’impression de s’excuser de tout, et ça lui rappelle que tout n’est pas exactement comme elle le voudrait -pas du tout même. Elle a beau être patiente, compréhensive, savoir cacher ce qui la blesse… la douleur est toujours là. Et plus elle la sent, plus il s’excuse, plus elle souffre… jusqu’à ce qu’ils se séparent -ce qui ne va plus tarder.
Deux semaines. Deux semaines sans le voir. Deux semaines sans pouvoir lui parler des heures, côte à côte, à l’écouter jouer de la guitare, à se raconter leur vie dans les moindres détails. Deux semaines à décompter les heures qui la séparent de son sourire. Elle déteste les vacances ; c’est comme une cure de désintoxication qui n’aboutirait jamais. Elle est accro à lui. ‘Sentimentalement dépendante’ dirait son ordonnance -on aura tout vu… Elle lui en veut parfois d’être si dépendante de lui… mais tout paraît si facile quand il est là, et si sombre quand il disparaît ; jamais elle ne pourrait admettre de ne plus pouvoir le voir.
Parfois, elle se dit que la meilleure solution serait de partir définitivement, d’un jour prendre ses valises à elle et d’abandonner tout le reste, de le quitter sans un mot, sans une seule explication. Elle a l’impression qu’ils se font tellement de mal à passer tout leur temps libre ensemble qu’elle se dit que son départ serait moins terrible que tous ces instants mis à la suite. Plusieurs fois elle a même essayé de mettre ses projets à exécution, mais à chaque tentative elle le voyait, se laissait embarquer dans les rivières de ses sourires et ressentait soudain qu’il serait impossible de lui faire ça, de leur faire ça.
Elle ne peut pas. Est-ce que tu pourrais comprendre à quel point elle souffre quand elle ne le voit pas ? Sais-tu seulement qu’elle compte les minutes, les secondes entre ses absences, et qu’un seul instant de retard lui fait imaginer les pires catastrophes ? Sens-tu combien son cœur s’enflamme quand il réapparaît, combien s’allume l’envie de le prendre dans ses bras, de le serrer à l’étouffer pour s’assurer qu’il est bien là, près d’elle, comme un ange gardien inconscient de son pouvoir ? Entends-tu ses ‘je t’aime’ qu’elle crie du cœur à longueur de journée, espérant qu’il les entende, des ‘je t’aime’ murmurés au creux de sa fenêtre quand il dort pour bercer ses rêves, des ‘je t’aime’… ‘Je t’aime’, tout simplement. Alors, peux-tu imaginer qu’elle s’en sépare ?

Déjà il est monté sur la marche du wagon, prêt à partir pour ces deux semaines de vacances… Il range ses bagages, redescend vers elle ; quelques instants ils se regardent en cherchant leurs mots, ne sachant si le temps ne peut pas s’arrêter quelques instant et leur en accorder encore un peu… Elle a son cœur qui bat la chamade, les mains qui tremblent d’absence et de rage ; elle voudrait tellement lui dire qu’il lui manque, qu’elle voudrait qu’il ne la quitte plus. Pourtant elle se raisonne, et c’est elle qui lui dit la première au revoir. Puis elle le prend dans ses bras une dernière fois, le serre bien fort, l’embrasse sur la joue, hésite… Mais avant qu’elle ne s’en rende compte il se retourne et monte s’asseoir.
Elle attend quelques secondes sur le quai ; les sifflets du chef de gare retentissent, les portes se ferment. Dans un processus parfait, l’énorme machine se met en route. Elle lui sourit une dernière fois derrière la fenêtre avant que le train ne l’emmène… Elle soupire.



Et voilà. Maintenant, tu es parti. Je suis seule face à ce grand miroir du hall de la gare. Je vois l’air triste de mon reflet qui vient de pleurer. Le tragique a-t-il était rejoint par le pathétique ?
Tu n’as rien entendu. Tu n’as rien compris. J’ai si mal…

Quel jour comprendras-tu que je parle de nous ?



FIN


TC
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MessageSujet: Re: Acte figé   Dim 15 Jan - 21:25

C'est un texte d'une beauté surprenante Cécile ! Les sentiments qu'il dégage, la manière dont tu racontes tout ça... C'est magnifique... je vais être toute mélancolique pour la soirée mais c'est magnifique.

_________________
être assez spécial pour être tout de même quelqu'un...
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TC33
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MessageSujet: Re: Acte figé   Lun 16 Jan - 11:27

Merci... MAis c'est quand même rageant de ne faires des choses bien que sur des sujets déprimants Sad
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MessageSujet: Re: Acte figé   

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