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 La lettre

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Lorna
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Date d'inscription : 20/06/2005

MessageSujet: La lettre   Mar 12 Juil - 20:44

La lettre


Je me lève tard ce matin, contrairement à mes habitudes. Je n'ai jamais aimé faire la grasse matinée parce que j'ai l'impression de gâchée une partie de la journée. Mais cette fois-ci, j'avais besoin de dormir puisque je n'ai pas fermé l'œil avant deux heures du matin. J'ai pleuré. Encore et encore. Sans pouvoir m'arrêter. J'ai essayé de lutter contre mes larmes mais j'ai vite abandonné. Elles étaient trop nombreuses. Elles étaient retenues depuis trop longtemps… Alors, je me suis laissée aller. Puis, sûrement par épuisement, je me suis endormie. Fatiguée d'avoir trop longtemps retenu mes larmes, fatiguée de les avoir laissées couler si fort et fatiguée de t'aimer encore malgré tout le mal que tu m'as fait.

Je me dirige vers la fenêtre et ouvre les volets pour profiter du soleil de midi. La chaleur de ses rayons tente vainement de faire fondre la glace que tu as laissée à ta place dans mon cœur. Sans compter la froideur de la solitude. Elle n'est pas douce avec moi. Elle me rappelle trop ton absence et tout ce qui me manque depuis que tu es parti.

Je saute le premier repas de la journée, comme d'habitude. Et puis me le ver si tard ne m'aide pas vraiment à manger plus. Je verrai plus tard pour manger quelque chose. Après un petit tour par la salle de bain –où je n'ai pu m'empêcher de penser que ta brosse à dent manque à côté de la mienne-, je descends les escaliers pour rejoindre le salon. Les escaliers, justement, me rappelle aussi tant de souvenir de l'époque où tu vivais encore ici. C'est comme si toute la maison avait gardé les moindres détails de ta présence. Comme si elle ne voulait pas t'oublier alors que moi, j'essaye depuis trop longtemps maintenant. Quand enfin j'arrive au salon, espérant sans trop y croire que plus aucune trace de toi ne subsiste dans cette pièce, mes yeux tombent directement sur un photo de nous deux. Je croyais pourtant les avoir toutes rangées dans un coin mais, apparemment, même mon inconscient joue contre moi… J'inspire un grand coup comme pour me donner du courage et me dirige d'un pas décidé vers la photo afin d'aller la ranger avec les autres. Mais avant que je n'arrive à destination, mon attention est attirée par un bruit familier dehors. Je tourne la tête et regarde à travers la fenêtre: le facteur est en train de déposer du courrier dans ma boîte aux lettres et, même à cette distance, je remarque qu'il y a une enveloppe pas comme les autres. J'attends qu'il soit reparti pour aller la chercher. Ces derniers temps les voisins posent trop de question à mon goût. Je n'ai pas envie de parler de tout ce qui m'arrive. Je n'ai pas envie de dire à tout le monde que je ne vais pas bien du tout. Ça ne regarde que moi. Toi aussi, ça te regarde, mais tu n'es plus là alors…il n'y a plus que moi. De toutes façons, je ne vois pas pourquoi mon comportement les étonne. J'ai toujours fonctionné comme ça: j'intériorise tout ce que je ressens quand je me sens mal. Je ne suis pas du genre à parler de mes problèmes personnels aux premiers voisins venus.

Je reprends un peu mes esprits. M'énerver contre les voisins ne m'aidera pas alors autant me calmer. J'ouvre la porte en faisant soigneusement les même geste que la veille et que ceux du jour d'avant aussi, comme si m'enfermer dans une routine où tu n'es pas m'aiderait à t'oublier plus facilement. Si ça ne marche pas, je ne sais pas comment je ferais pour t'effacer de ma mémoire. Mais peut-être que je ne peux pas t'oublier? Peut-être que mon inconscient ne veut pas t'oublier? Je souffle un grand coup comme si mes pensées pouvaient sortir de mon esprit par le même moyen que l'air de ma bouche.

Je sors et fais les quelques pas qui me séparent de la boîte aux lettres. Je l'ouvre d'une main tremblante en me reprochant intérieurement de réagir encore comme ça alors que je n'ai qu'e l'impression cette lettre vient de toi. Mais, jusqu'à présent, je ne me suis jamais trompée dans mes impressions. Elles se sont toujours avérées être justes. Je trie vite les différents prospectus et autres factures puis, je me retrouve avec la lettre de tout à l'heure entre les mains. Je reconnais ton écriture. Les premières traces de ta personnalité sont à nouveau près de moi. En effet, je reconnais ton caractère dans les lettres formées avec détermination et je vais même jusqu'à voir la couleur tes yeux dans l'encre bleu du stylo que tu as utilisé.

Mon cœur se met à battre plus vite sans que je puisse l'en empêcher. Je me sens un peu défaillir alors, avant de m'effondrer dans le petit jardin, je décide de rentrer pour ne pas ameuter les voisins. Je n'ai pas envie de me retrouver à répondre à des questions plus embarrassantes les unes que les autres alors que ma seule envie est de lire cette lettre, seule. A tête tourne à nouveau et je me dis que j'aurais mieux fait de prendre mon habituel jus d'orange avant de sortir de la maison. Mais je sais que ce petit malaise n'est pas dû au faut que j'aie sauter un repas. Je n'ai jamais eu de malaise à cause de cela. La lettre y est sans doute plus pour quelque chose que l'absence de nourriture dans mon estomac.

Je puise dans ce qui semble être mes dernières forces et rentre chez moi. Puis, je m'assois sur le canapé, pose le courrier sur la table basse avec les clefs. Il ne me reste plus que ta lettre dans les mains et je n'arrive pas à savoir s je veux l'ouvrir ou pas. L'ouvrir serait comme anéantir tous les efforts que j'ai fait jusque là pour t'oublier! Et quand je vois l'effet que me fait de voir mon adresse écrit de ta main, je me demande si je survivrai à toute un lettre… Mais la laisser fermer, ça serait ne jamais savoir ce que tu as voulu me dire pour la dernière fois. Ne jamais savoir ce que tu ressens face à la situation. Rester dans le doute sur le contenu de cette lettre. Ce qui pourrait être un point positif si le contenu venait à me faire souffrir davantage.

Alors je tourne et retourne la lettre dans tous les sen, jusqu'à connaître le moindre des ses plis par cœur. Comme si la voir sous toute les couture pouvait m'aide à choisir. Comme si tu avais laissé un indice quelque part sur l'enveloppe pour me dire quoi faire. C'est en la retournant pour la énième fois que je remarque son épaisseur. Si elle est épaisse, c'est que tu as beaucoup de chose à me dire, non? D'accord, ça ne veut pas dire que ça ne me fera pas mal mais… C'est décidé, je vais lire ta lettre!

J'ouvre l'enveloppe avec une grande délicatesse comme pour ne pas abîmer ce dernier morceau de toi que j'ai entre les doigts. Puis, après avoir délicatement déplié la première feuille, je commence à lire.

A la fin de ma lecture, je pleurs à nouveau. Je n'arrive pas à croire ce que je viens de lire! Tu me demandes pardon! Tu m'expliques tout depuis le début, me rappelant avec justesse notre rencontre jusqu'à certains moments marquants de notre histoire. Tous les détails de chaque instant sont là. Ta mémoire ma toujours impressionnée et ta façon d'écrire aussi. Même si tu disais tout le temps que le véritable auteur entre nous deux, c'était moi. Tu as toujours su écrire les choses telles qu'elles se sont passées et tu as une manière bien a toi d'agrémenter tes textes d'expressions de ta région. Même le blanc du papier me rappelle la neige de ton Québec natal. Quant au bleu de l'encre, tu l'as choisi clair. Presque aussi clair que le ciel de ta belle province et tout aussi clair que tes yeux. Comme quand j'avais vu mon adresse écrite de ta main, je revois tes yeux, me souvenant de touts les détails et de toutes les teintes de bleu qui les colorent, comme si la dernière fois que je els avais vu remontait à quelques secondes.

Je relis une seconde fois ta longue lettre pour être sûre que je n'aie pas inventé tous ces mots. Ces mots que je rêvais d'entre. Ces mots que tu m'as écrits. Parce que finalement, parler n'a jamais été ton fort. Tu le disais toi-même: "je ne sais ni parler, ni compter, j'ai juste appris à écrire". Encore une fois tu le prouves en jouant avec les mots et leur force pour faire comprendre ce que tu ressens. Sur ce point, nous sommes identiques. Je fonctionne exactement de la même manière que toi. Tu disais que même mes poèmes dégageaient plus de force lorsqu'on les lisait silencieusement. Je souris en me souvenant de tous ces moments partagés avec toi. Je crois que je donnerai tout pour revivre tout ça.

A la fin de ma seconde lecture, je suis soulagée de voir que je n'ai rien inventée. Les mots sont bien là, couchés sur le papier attendant patiemment que mes yeux se posent dessus une nouvelle fois. Je comble leur attente et fait glisser une nouvelle fois mon regard sur les mots qui se suivent sur le papier. Je me laisse emporter par le flot de ton écriture et ne m'arrête que sur les dernières lignes:
"Je souffre, c'est certain, mais sûrement mois que toi. Parce que ma confiance n'a pas été trahie par l'être auquel j'aurai pu confier ma vie. Parce que mes yeux ne pleurent pas à cause d'un être qui n'a pas su m'aimer assez fort pour m'empêcher de souffrir. Or, toi, c'est ce que tu ressens…je crois. Car je ne peux pas réellement savoir à quel point tu souffres, je peux juste imaginé. Et je ne pense pas trop me tromper car c'est exactement ce que je t'ai fait subir il y a quelque moi. Et, telle que je te connais, tu dois encore en souffrir, en pleurer silencieusement la nuit… Alors, avec cette lettre dans laquelle j'ai essayé de t'expliquer tous mes choix, j'espère qu'un jour tu m'accorderas ton pardon. Mais sache que je m'en voudrais toujours de t'avoir fait souffrir."

Je souris. Tu me connais tellement bien! Tu as deviné exactement ce que je ressens. Mes yeux se perdent quelques instants dans la contemplation de la pièce dans laquelle je me trouve. Chaque objet à une histoire grâce à toi. Un jour, je t'avais proposé un défi: faire la description la plus fidèle et romanesque possible de chaque objet du salon. Tu avais accepté en souriant. Cela t'avait pris plusieurs jours mais tu n'avais rien oublié. Et un matin, en me levant, j'avais découvert, sur ou sous chaque objet de la pièce, les descriptions que tu en avais faites.

Mon regard passe sur le buffet et je vois à nouveau la photo que je n'ai pas rangée. Je la regarde, notant mentalement tous les détails. Ton sourire chaleureux, ton teint pâle, tes yeux bleus emplis en cet instant d'un éclat de joie jusqu'à leur teinte plus foncée par endroit, révélant un caractère fort entouré s'un cœur tendre. Je me rends compte que regarder cette photo ne me fait plus mal. Rien à voir avec ce que j'ai ressenti ce matin en tombant dessus par hasard. Sa présence dans la pièce va même jusqu'à me rassurer. Je me surprends à espérer que nous revivrons des moments heureux, comme celui sur la photo, tous les deux…ensemble. Et c'est en plongeant une nouvelle fois mon regard dans le tien sur papier glacé que je sais qu'au fond, je t'ai déjà pardonné, à la seconde où j'ai lu les premières lignes de ta lettre.

Peut-être que certains penseront que je t'ai pardonnée trop facilement. Peut-être qu'ils se diront que tu sais utiliser de jolis mots pour me convaincre. Mais après tout, qu'est-ce que ça change? Ils peuvent penser ce qu'ils veulent. En lisant tes mots, je te sais sincère. Et j'ai appris avec le temps qu'on ne peut pas lutter contre ses sentiments. Juste les cacher quelque temps. Je t'ai pardonné. Je te pardonne. Parce que je sais que tu t'en veux pour deux…
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TC33
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MessageSujet: Re: La lettre   Mar 12 Juil - 23:55

C'est magnifique, je suis sans voix. C'est tellement poignant, il y a des phrases tellement juste.
'Je souffle un grand coup comme si mes pensées pouvaient sortir de mon esprit par le même moyen que l'air de ma bouche' : je me suis suprise à faire exactement la même chose au milieu du texte, tu arrives à décrire super bien l'atmosphère dans laquelle nous plonge une telle situation. et c'est très étrange, parce que justement aujourd'hui j'ai découvert le mail de quelqu'un que je n'ai pas vu depuis 3 mois, on s'est quitté dans une très mauvaise atmosphère, je pensais qu'il ne donnerait plus jamais de signe de vie et le revoilà, alors même que je découvre ce texte.. Excuse-moi si j'en fais une affaire personnelle, mais tout ça me rappelle trop ce que je vis. Particulièrement les dernières phrases sur le pardon 'trop vite'...
Merci en tout cas.
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Lorna
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MessageSujet: Re: La lettre   Sam 16 Juil - 11:00

Merci pour tous les compliments TC. J'essaye de faire de mon mieux pour décrire l'atmosphère et si ça te rappelle une histoire personnelle, c'est que je n'ai pas trop mal réussi de ce côté là...

TC33 a écrit:
il y a des phrases tellement juste
J'en suis contente parce que ce texte n'est pas autobiographique. J'ai beaucoup de points communs avec le personnage pricipal mais la situation est inventée.

Merci à toi.
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Aurore
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MessageSujet: Re: La lettre   Jeu 4 Aoû - 20:08

ouh là je débarque très tard dans les nouvelles, milles excuses. Lorna, je découvre avec une joyeuse surprise ton talent pour la prose. ce texte est très beau, j'ai beaucoup apprécié l'image du regard dans le papier... je connais un peu cette sensation et je trouve que tu l'as très bien rendu. bravo.

_________________
être assez spécial pour être tout de même quelqu'un...
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Lorna
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MessageSujet: Re: La lettre   Jeu 1 Sep - 1:15

Merci beaucoup Plume. J'ai eu un été très loin de la technologie alors ça fait un moment que je ne suis pas venue par ici et je suis contente de voir que tu as aimé mon texte. D'autres nouvelles sont prévues, j'espère arriver jusqu'au bout.

Plume a écrit:
j'ai beaucoup apprécié l'image du regard dans le papier... je connais un peu cette sensation et je trouve que tu l'as très bien rendu

Merci ! J'en suis ravie. Quand j'écris quelque chose, j'ai toujours des doutes dessus. Je me pose des questions sur certains passages et celui-ci en faisait parti. Je suis contente de voir que tu apprécies.
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