L'autre jour, c'était jeudi, première épreuve, si on veut. Comme j'appréhendais Jeudi ! Comme je me demandais comment il réagirait, comment je réagirais... Comme je m'étais bercé d'illusions _ c'est habituel_ et comme ces illusions ont fondu dès son arrivée !
D'où vient-elle cette froideur ? D'où vient-il ce regard glacial que je ne lui avait jamais vu ? D'où vient-il ce regard qui fuit ? Ainsi, voilà ce que six jours ont fait de nous. Un vide affreux comme un silence.
Combien de fois nos regards se sont-ils croisé ce soir là ? trois au maximum n'est-ce pas ? La première, accidentelle, terrible parce qu'il y avait, dans cet accident, des restes d'avant. Trois secondes de souvenirs... La seconde, moqueuse, affreuse, horrible... impersonnelle. La troisième indifférente, sur un échange de paroles pratiques qui a fini dans un mur...
A cet instant-là, comme un accès de haine, de colère contre, non pas lui, mais contre cette attitude, comme s'il m'en voulait.
Et qui devrait en vouloir à l'autre ? Il n'y a que moi, que moi qui ait le droit d'être en colère. Il n'y a que moi qui ait le droit de ressentir de la haine là où je ressentais tant d'amour.
A moins que... Ce soir-là, j'ai oublié. J'ai oublié que j'avais mal. J'ai oublié que la cause de cette souffrance était dans la pièce. J'ai fais comme si j'oubliais. Alors, au micro, sur la scène, j'ai enchaîné, enchaîné les chansons. Et c'est vrai, dans certaines, il a pu y voir un message. Il me tournait le dos, et je fixai mes yeux sur lui... parce que oui, certaines étaient pour lui.
Peut-être a-t-il compris, peut-être a-t-il lu entre les lignes de ma voix. Moi qui lui ai toujours affirmé que je trouvais que je chantais mal... juste mais d'une voix très banale, qui ne sait ni monter ni descendre, d'une voix dont on se lasse si vite... que je n'aime pas... comme il a dû trouver ça étrange, de m'entendre me livrer toute la soirée dans un micro... Il ne me connaît pas, au fond. IL ne m'avait jamais vu comme il m'a vu ce soir-là...
A moins que cette soirée ne lui en ai rappeler une autre... comme à moi. Sauf que je n'y ai vu que les contraires, les contrastes. Les différences. Là où le 20 mai voulait dire un début dans une soirée qui partait mal, le 23 juin signe la fin, la toute fin, dans une soirée qui s'est passé sans trop d'accroches.
Ce qui avait disparu de ton regard ce soir, c'est l'amour. Je n'ai jamais compris aussi bien qu'en la voyant disparaître, que cette lumière dans tes yeux, c'était l'amour.
L'amour n'y est plus.
Tu m'as oublié comme je m'efforcerais de t'effacer de moi, si je pouvais...
Je garde les souvenirs et j'oublie les espoirs.
L'après nous dira ce qu'il advient de ce " je veux te revoir quand même" que tu m'as laissé en partant.
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être assez spécial pour être tout de même quelqu'un...